Des Juifs de Belgique ne célèbrent pas le 60e anniversaire de l’Etat d’Israël

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lesoir.be, 14 mai 2008, 10:09

Le conseil d’administration de l’Union des progressistes juifs de Belgique

Le 14 mai, l’État d’Israël aura 60 ans. Cet anniversaire sera, ou est déjà, célébré dans le monde entier ; en Israël bien sûr, mais aussi dans l’ensemble des communautés juives de la diaspora et dans diverses capitales. Sans oublier les médias, qui lui consacrent d’importants dossiers.

Nous, Juifs progressistes de Belgique, nous ne nous joindrons pas à ces célébrations. Nous estimons en effet que le temps des réjouissances n’est, malheureusement, pas encore venu.

Le 6 mai, Israël entamait son cycle de commémorations par la Journée du souvenir, une journée consacrée à honorer la mémoire des victimes, juives israéliennes, de l’interminable conflit israélo-palestinien.

Le même jour, le mouvement Combattants pour la paix – qui regroupe des Israéliens et des Palestiniens qui ont porté les armes et qui privilégient aujourd’hui le dialogue et l’action non violente contre l’occupation et la colonisation du territoire palestinien, une organisation créée notamment par Elik Elkhanan dont la sœur, Smadar, âgée de 14 ans, a été tuée dans un attentat suicide commis à Jérusalem le 4 septembre 1997, et par Bassam Aramin dont la fille, Abir âgée de 10 ans, a été tuée par un garde frontière israélien devant son école le 16 janvier 2007 –, ce même 6 mai, donc, le mouvement Combattants pour la paix organisait de son côté une cérémonie parallèle pour honorer la mémoire de toutes les victimes, israéliennes et palestiniennes, de ce conflit vieux de soixante ans.

Nous aussi, c’est à toutes ces victimes que vont nos pensées.

L’État d’Israël, créé par le plan de partage du 29 novembre 1947, est une réalité depuis 60 ans, une réalité reconnue par l’ensemble de la Communauté internationale, y compris, depuis 1993, par l’Autorité palestinienne. L’État palestinien, lui aussi créé par ce même plan de partage, n’est toujours qu’une virtualité.

Les partisans inconditionnels de la politique menée par les gouvernements israéliens successifs ont coutume de balayer d’un revers de la main la tragédie vécue par le peuple palestinien depuis 60 ans, en se retranchant derrière l’affirmation qu’il en est le seul responsable puisqu’il a refusé la main tendue par Israël en 1948 et, qu’à l’appel des États voisins, il a choisi l’exode en attendant de pouvoir revenir avec les armées arabes victorieuses…

Il s’agit là d’une pure affabulation. On ne trouve en effet aucune trace de tels appels dans les émissions radios des États arabes qui ont toutes été enregistrées par la BBC. Mais il y a peu de chances que cela soit dit lors des célébrations officielles du 60e anniversaire d’Israël.

Peu de chances qu’on évoque le discours que David Ben Gourion, futur premier ministre du nouvel État, avait tenu devant l’Exécutif de l’Agence juive le 12 juin 1938 – oui, 1938 ! – et dans lequel il déclarait : « Je suis pour le transfert forcé. Je ne vois rien là d’immoral. »

Peu de chances encore qu’on rappelle qu’entre la décision onusienne de partage de la Palestine du 29 novembre 1947 et le 15 mai 1948, date de la fin du mandat britannique, les forces juives avaient déjà expulsé par la force 250.000 Palestiniens et détruit quelque deux cents villages.

Six mois plus tard, ils seront près de 800.000 Palestiniens à avoir été contraints, toujours par la force, de prendre le chemin de l’exil, conformément à un plan – le plan D (« Daleth » en hébreu) – minutieusement finalisé le 10 mars 1948 ainsi que le rapportent les « nouveaux historiens » israéliens sur la base des archives qui ont été déclassifiées, et plus de 500 villages auront été détruits.

Peu de chances enfin qu’on rappelle que le 17 novembre 1947, douze jours avant le vote du partage, Golda Meir, représentante de l’Agence juive, concluait, avec le roi Abdallah de Transjordanie, un accord tacite de partage de la Palestine, bien différent de celui voulu par l’ONU… Quelque 80 % du territoire reviendraient ainsi à l’État juif et les 20 % restant – la Cisjordanie – seraient annexés par la Transjordanie. Le sort de l’État palestinien était ainsi scellé avant même qu’il ait été créé sur le papier.

Ce sont ces décisions-là, prises par les dirigeants sionistes qui ne voulaient à aucun prix voir émerger un État palestinien aux côtés d’Israël – pas plus qu’ils ne voulaient d’un État qui ne serait pas le plus homogène possible ethniquement –, qui sont à l’origine de la tragédie du peuple palestinien, une tragédie qui s’est amplifiée depuis juin 1967 avec l’occupation et la colonisation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Il est grand temps que, à défaut d’Israël qui reste muré dans son historiographie officielle d’une guerre propre et exclusivement défensive, il est grand temps que la communauté internationale le reconnaisse enfin et ne se contente plus de belles paroles pour faire aboutir le second volet du plan de partage.

Ce n’est qu’à cette condition que nous célébrerons l’anniversaire de l’État d’Israël, en même temps que le premier de l’État palestinien, deux États dont tous les citoyens, quelle que soit leur origine ethnique, devront jouir des mêmes droits.

http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/carte-blanche-des-juifs-de-2008-05-14-598125.shtml