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Catégorie : Cisgiordania

AURDIP, 11 décembre 2016 | New York Review of Books |Traduction SF pour l’AURDIP |Tribunes

Abu Rasmi Ayyub amid the ruins of his village, al-Hammeh, demolished by the Israeli army on September 27, 2016

Enfin, et peut-être ce qui est le plus dévastateur à long terme, est le refus de l’eau. Il fait très chaud dans la vallée du Jourdain, la plupart du temps. En été, les températures diurnes s’élèvent facilement au-dessus de 37°. Si des Palestiniens vivant dans des hameaux tels al-Hammeh ont l’audace d’essayer de se brancher sur les tuyaux de l’Autorité Palestinienne qui viennent de la ville de Tubbas en zone A, l’armée arrive et casse les tuyaux. Je les ai vus faire de mes propres yeux à al-Hadidiya en août dernier. Étant donné que la vie dans la vallée est intenable sans eau, les Palestiniens doivent acheter et importer de l’eau en citernes à des prix excessivement majorés. Rappelez-vous qu’il s’agit de pasteurs qui sont au minimum vital et pour lesquels le coût d’une seule citerne est une somme énorme, facilement la moitié des dépenses mensuelles d’une famille en été. Pour le dire simplement, l’idée est d’assécher les Bédouins jusqu’à ce que la soif les force à disparaître, peut-être en migrant quelque part en zone A ou même en dehors d’Israël-Palestine.

Prenez connaissance des paroles d‘Abd al-Rahim Bsharat (connu sous le nom d’Abou Saqer) du hameau de al-Hadidya :

« Les colons et l’État d’Israël ont commis de nombreux crimes et en commettront bien d’autres encore, mais le pire crime, une monstruosité morale, est de nous refuser l’eau. Ils ont pollué nos puits, les ont rempli de pierres et de saletés, les ont asséchés en forant profondément et ont asséché les sources naturelles. Je possédais moi-même entre soixante et quatre vingt dix puits sur les collines alentour et ils ont tous été détruits. C’est arrivé déjà dans les années 1970. En même temps, des centaines de mètres cubes d’eau sont gâchés pour les colons, sur leurs gazons et dans leurs piscines. Des villages entiers ont été dévastés, leurs habitants chassés, déplacés à cause des camps militaires et des colonies. Une centaine de familles vivaient ici autrefois, à al-Hadidiya ; seules 14 demeurent… Dans une guerre, il y a celui qui tue et celui qui est tué mais qu’est ce que l’eau a à voir avec ça ? »